Déraison de la colère
Lorsque,
en 1939, John Steinbeck publia « Les raisins de la
colère », il ne pensait pas que son œuvre allait trouver
un écho en 2009, dans le paisible village de
Saint-Georges-sur-Baulche dans l’Yonne. Savait-il
comment des raisons de la colère, on pouvait glisser à
l’insu de son plain gré à la déraison de la colère ?
L’affaire commence pourtant par des roucoulements, en
ces chaudes journées d’août. Certes le bonheur des uns,
ne fait pas forcément le bonheur des autres, et l’on
peut même concevoir un certain agacement à l’écoute de
ces roucoulades, notamment s’il s’agit de pigeons. Voila
la mésaventure que nous relate un baulchois.
Mardi
18 août, tel un vol de perdreaux, des policiers
arrivent chez moi vers 9h30, me sortant de ma
torpeur estivale. « Avez-vous un fusil ? » me
demande-t’on. Diable, était-ce la baisse non
répercutée de la Tva dans la restauration qui
justifiait cette enquête ? De quel coup de fusil
s’agissait-il ? Curieux comme on se sent coupable
quand la police vous questionne. J’avais en tête une
vague inquiétude relative à l’Adopi, me voyant déjà
devoir mettre à nu mon ordinateur. Me soupçonnait-on
de vouloir pigeonner l’industrie audiovisuelle ? Le
premier moment de surprise passé, je protestais de
mon innocence, affirmant que je n’avais pas de
fusil, sauf peut-être métaphoriquement celui dont la
nature m’a doté et qui n’est même pas à répétition,
ni de gros calibre. « Euh, puis-je savoir pourquoi
vous me demandez cela ? » risquais-je auprès des
policiers. « Un projectile a, dimanche vers 21h,
traversé la vitre d’un voisin, frôlant une personne
assise près de sa fenêtre », me répondit-on. Face à
l’énormité de la nouvelle, je ne pu qu’inviter les
policiers à mener toutes les investigations
nécessaires. Nous nous transportâmes dans le jardin,
pour constater que l’on avait effectivement une vue
directe sur la fenêtre. Mais avait-on délibérément
visé cette fenêtre ou s’agissait-il d’un projectile
visant une autre cible et qui aurait ricoché ? Cette
deuxième alternative, nous paru la plus plausible.
La cyme des arbres sert de refuge à toutes sortes de
volatiles, sauf des perdreaux et notamment à ces
pigeons aux roucoulements qui ne semblent pas devoir
enchanter tout le monde.
Un irascible
aurait donc voulu tirer un pigeon et le projectile
aurait ricoché, pour aller se perdre dans la fenêtre du
voisin, frôlant au passage une personne, avec le risque
de la blesser, sinon plus. Cet irascible est surement
une honnête personne, mais sous le coup de la déraison
de la colère, elle aurait pu devenir homicide. Cette
histoire authentique, doit servir de leçon à tous ces
irascibles à la gâchette facile, qu’ils pensent aux
conséquences de leurs actes. Dire qu’ils ne l’ont pas
fait exprès, ne les exonèrera en rien de leurs
responsabilités, et le tir aux pigeons risque de leur
coûter très cher.
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